Publié le 27 avril 2021
La pandémie de Covid-19 frappe Madagascar à tous les niveaux sociaux, économiques et même sur le plan démocratique. La prise de mesure de l’Etat vis-à-vis de la pandémie étonne beaucoup à ne citer que le confinement de 2 jours sur 7, l’interdiction de diverses émissions… La décision de confinement durant le week-end a déjà étonné beaucoup de monde car cela ne changera pas grand-chose vu que durant les jours ouvrables, le non respect des gestes-barrière est flagrant au quotidien. On n’aurait jamais pu croire que la prise de mesure contre la pandémie porterait atteinte à la démocratie avec la décision interministérielle du 22 avril dernier destinée à museler l’opinion. A Madagascar au lieu de prendre des mesures adéquates pour endiguer la propagation et limiter les dégâts, on met en place des cimetières « Fasan’ny firaisam-po » pour accueillir des décès de la Covid-19.
Décidément, on aura tout vu car la pandémie de Covid-19 n’a pas seulement mis à mal l’économie, mais elle foule également à terre la démocratie. La décision émanant du ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation, du ministère de la Sécurité publique, du ministère de la Communication et de la Culture et du secrétariat d’État chargé de la Gendarmerie nationale, précise dans ses articles 3 et 4 que «sont et demeurent interdites pour toute la durée de l’urgence sanitaire, toutes manifestations publiques et émissions radiophoniques et audiovisuelles susceptibles de troubler l’ordre et la sécurité publics et nuire à l’unité nationale diffusées dans les régions Analamanga, Atsinanana, SAVA, Boeny et Sofia. Ces émissions concernent celles comportant les interventions téléphoniques en direct et les débats politiques ». Ce n’est là qu’une excuse pour faire taire l’opinion. Il est à noter que Madagascar a déjà reculé de trois places sur le dernier classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF). Selon le classement RSF de 2021, Madagascar se place à la 57ème place sur 180 pays contre 54ème l’année précédente. La note connaît également une “baisse”, passant de 27,68 en 2020 à 28,24 en 2021, sachant que 0 étant la meilleure note et 100 la pire.
Nombreux parmi les médias privés concernés par la décision interministérielle se sont plaint que cela porte atteinte à leur rentrée d’argent car les émissions diverses augmentent leur cote d’écoute et attirent bien évidemment les annonceurs (publicités et autres). Mis à part les médias, il y a également la société civile dont le SeFaFi-Observatoire de la vie publique qui a spécifié que l’accès à l’information, la liberté de la presse et la liberté d’expression se retrouvent foulés au pied.
Le SeFaFi - Observatoire de la vie publique - demande à la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH) et au Haut Conseil pour la Défense de la Démocratie et de l’Etat de Droit (HCDDED) de prendre leurs responsabilités, et au pouvoir exécutif de revoir une décision qui enfreint des droits universellement reconnus à tout être humain. À moins que nous, Malgaches, nous n’en soyons pas dignes ! L’état d’urgence sanitaire ne saurait être instrumentalisé comme une arme politique pour faire taire les opposants ou asseoir une pensée unique. L’accès des citoyens à une information diversifiée est un droit fondamental qu’il faut absolument respecter, quelle que soit la situation en vigueur dans le pays.
Jean Riana